1968 : la grande équipe « Bic » devant Antibes, avec Jacques Anquetil à la gauche de Lucien Aimar portant le maillot de champion de France, de Jan Janssen (lunettes) et de Jean-Marie Leblanc, ex-directeur du Tour, 8e en partant de la droite. : Photo Félicien Tordo, droits réservés Depuis la création de la Grande Boucle il y a 106 ans, les amoureux de la petite reine en ont vu passer, des champions, sur les routes des Alpes-Maritimes, de Monaco et du Var. C'est que le relief de notre région se prête bien à la compétition et au spectacle ! Avec ses cols casse-pattes, comme Brouis, la Lombarde, Tende ou le Turini. Avec ses images de carte postale, quand le peloton enroule tranquille le long des plages. Ou encore lorsque les klaxons de la caravane réveillent en sursaut les villages assoupis de l'arrière-pays, alors qu'il n'est déjà plus l'heure de l'apéro jaune-maillot mais celle de la sieste réparatrice.
Du caviar pour la télé
Pour le grand show médiatique estival, pour le direct de la télévision, les paysages d'Azur, c'est du caviar premier choix, coloré comme le citron de Menton, doux comme la rose de Grasse.
Ici sont nés de grands champions, les René Vietto, Lucien Teisseire, Pierre Molineris, Gilbert Bellone, Raphaël Geminiani « le grand fusil », Lucien Aimar ou encore Richard Virenque.
D'autres ont adopté le pays, comme le souriant Irlandais Stephen Roche, vainqueur en 87, depuis reconverti hôtelier au bord de la Grande Bleue.
A la force des mollets, ceux-là et d'autres ont écrit quelques-unes des plus belles pages de ce cher bon vieux Tour de France.
Au chapitre de la légende du siècle, ils sont de la même échappée que Louison (Bobet), Jacques (Anquetil), Eddy (Merckx) et Bernard (Hinault).
Les plus forts, les plus heureux ont gravi l'Olympe, remporté des étapes, porté des maillots jaune, vert, blanc ou à pois, symboles de tant de victoires. D'autres, qui n'avaient en rien démérité, ont calé sur les mêmes pentes, sous le même soleil accablant.
Les plumes d'Antoine Blondin et du Niçois Louis Nucera ont magnifié ces épopées, faites de sueur, de larmes et aussi de rires. Comme lorsque, dans les années 50, le peloton tout entier n'a pas résisté à descendre de vélo pour piquer une tête dans la mer du côté de Sainte-Maxime, à la grande colère de Félix Lévitan qui, dès lors, évita de faire passer " son " Tour auprès de plages trop tentantes...
Treize fois étape dans les A.M.
La plus belle, la plus prestigieuse des courses sur route du monde a fait étape à treize reprises dans les villes des A.-M. et les a traversées un nombre incalculable de fois, presqu'autant que d'éditions. Et cela malgré la chaleur et les difficultés de circulation lorsque le passage des coureurs coïncide avec le gigantesque gruppeto des vacanciers.
Antibes (1961, 62), Cannes (1947, 48, 49, 57), Isola (1993), Menton (1950) et Nice (1947, 50, 73, 75 et 81) ont vu les sprints se régler au millimètre et d'autres coureurs arriver épuisés, hors délais, après 200 bornes sous un soleil de plomb ou des orages diluviens.
Depuis la fin de la guerre, le Tour s'est aussi arrêté 14 fois à Gap, record régional, 13 fois à Marseille et 4 fois à Monaco (1952, 53, 55, 64).
En 1975, à Pra-Loup, Bernard Thévenet a maîtrisé Van Impe, Merckx « le cannibale » et Zootemelk après une journée de repos bien méritée à Nice. Dès lors, après ce break réparateur sur la Promenade, la Toison d'or est restée solidement accrochée à ses épaules jusqu'aux Champs-Elysées.
Le Tour revient cette année sur nos rivages. Tant pis pour les bouchons. Le grand cirque recommence, à la fois beau et cruel, comme une tragédie grecque.