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Nice-Matin
Actualité Alpes-Maritimes
jeudi 21 août 2008

A la découverte des derniers glaciers du Mercantour

 Crevasse du glacier du Clapier dans la haute Gordolasque. Photo prise le 29 août 1906. Déjà à cette époque, le glacier a amorcé son recul et a perdu de sa consistance par rapport au 18e siècle où il s'étendait sur près d'un kilomètre et demi de long.<br />  :  Photo collection Victor de Cessole Crevasse du glacier du Clapier dans la haute Gordolasque. Photo prise le 29 août 1906. Déjà à cette époque, le glacier a amorcé son recul et a perdu de sa consistance par rapport au 18e siècle où il s'étendait sur près d'un kilomètre et demi de long.
: Photo collection Victor de Cessole

Une balade avec cordes et crampons sur les glaciers du Mercantour, à seulement une heure en voiture de la fournaise du littoral ? Au coeur de l'été, voilà une randonnée qui ravira les amateurs de fraîcheur. Sauf que l'idée paraît complétement folle. Des glaciers, où ça ? Vous vous croyez à Chamonix ?

Bien sûr, je rêve. Quoique... En 1900, la proposition n'aurait pas du tout semblée loufoque. Et oui, il y a tout juste un siècle, c'était hier, les premiers alpinistes azuréens arpentaient les imposants glaciers des Alpes-Maritimes, tout en s'inquiétant déjà de leur fonte accélérée.

Les crevasses du Clapier

Le plus célèbre d'entre eux, Victor de Cessole, photographie le guide Jean Plent au bord d'une impressionnante crevasse, le long des pentes glacées du Clapier, dans la haute Gordolasque. Nous sommes le 29 août 1906, dans un décor digne de la Vallée Blanche.

Tout aussi spectaculaire, le glacier du Gélas avec son épaisseur variant entre 20 et 30 mètres. En fait, c'est l'ensemble du massif qui est encore constellé de « glacières » plus ou moins étendues, comme on dit alors.

Et ne parlons pas de la situation qui prévalait il y a 20 000 ans, au maximum de la dernière ère froide ! 100 mètres de hauteur de glace à Saint-Martin-Vésubie, 300 mètres dans le Boréon. Le glacier du Gélas s'avançait jusqu'au village de Lantosque, et celui de la vallée des Merveilles jusqu'à Saint-Dalmas de Tende. « Les érosions glaciaires ont façonné le relief du Mercantour et sont à l'origine de la présence d'une multitude de lacs qui font aujourd'hui le bonheur des randonneurs », souligne Claude Raybaud, auteur d'une cartographie des glaciers du haut pays au XIXe siècle (1).

Et aujourd'hui, que sont devenus ces « desserts » glacés géants ? « Sans commune mesure, bien sûr, avec la préhistoire, leur présence était encore significative en 1900. Mais au XXe siècle, le réchauffement climatique leur a porté un coup terrible. Les derniers vrais glaciers des Alpes-Maritimes ont disparu dans les décennies 1940-1950. Il n'en reste plus que des lambeaux, de la glace inerte souvent recouverte de pierres ». Des ruines de glaciers, comme on dirait les ruines d'un château.

1. Une carte établie à partir de photos aériennes de l'Institut Géographique National prises en septembre 1983, grâce à l'observation des moraines. Ces crêtes de pierres poussées par la glace sur les côtés et sur le front de la langue glacière, permettent de mesurer l'avancée maximale des glaciers tout comme leur recul.

Philippe Fiammetti
Nice-Matin
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