Plus de 20 techniciens ont appris la veille de leur embauche qu'ils ne participeraient pas à l'opération montage-démontage au stade Ehrmann. Et ils veulent aujourd'hui savoir pourquoi. : Photo François Vignola Ils s'appellent Khalid, Aziz, Momo, viennent du Maghreb ou d'Amérique latine. Pour eux, le concert-événement de Madonna à Nice n'était qu'un prétexte à travailler, quelques heures ou quelques jours. Mais dimanche 24 août, à deux jours de l'échéance, plus de 20 techniciens de plateau ont appris qu'ils ne participeraient pas à l'opération montage-démontage au stade Charles-Ehrmann. Tous sont de nationalité étrangère.
« On m'a « booké » [recruté] comme cariste, puis on m'a rappelé pour me dire que la date était annulée. J'ai cru qu'il s'agissait du concert », témoigne Aziz. Ce Marocain de 39 ans résidant à Nice, sa carte de séjour en règle, compte 15 ans de contrats dans l'événementiel à son actif. Mais s'entendre dire « on ne peut pas embaucher des travailleurs extracommunautaires », c'est une première pour lui.
Discrimination ? Voilà ce que supposent certains évincés, faute de recevoir plus d'explications. « J'en veux une », prévient Abdelaziz, ressortissant marocain qui, dans le doute, se sent « obligé de réagir ». Pourtant, le malaise pourrait trouver son origine dans un simple texte de loi.
« Pas tomber dans le complexe de l'Arabe »
Ces travailleurs, comme les 250 autres qui ont démonté le plateau après le show, avaient été recrutés par un chef d'équipe local. Ce dernier, Marco, dit avoir reçu la consigne de la société Tours Concept France. Motif : selon un décret datant de juin 2008, « il faut écrire à la préfecture, au moins 48 heures avant, pour demander au pays d'origine s'ils ont l'autorisation de travailler en France ».
Sollicités hier soir, les services préfectoraux affirment ne pas avoir connaissance d'une telle disposition. Le siège parisien de Tours concept, contacté lui aussi, n'a pu être joint.
En attendant, Mohamed, lui, a « perdu du boulot »... après avoir travaillé trois jours sur place. « J'ai reçu une lettre d'excuses où l'on m'assure que les jours travaillés seront rémunérés », rapporte ce Tunisien, pas convaincu pour autant. Cela lui fait un manque à gagner de 800 e.
Mohamed n'entend pas en rester là. Khalid non plus : il compte porter plainte. Surtout, il veut savoir si la consigne d'écarter les étrangers n'émane pas d'un autre décideur, aux motivations moins avouables. « Je ne voudrais pas tomber dans le complexe de l'Arabe. Mais j'ai une famille, et je ne peux pas me permettre de perdre comme ça une vacation à 130 e ».