Passée de Nice à Sophia Antipolis, la société Cosmospace emploie sur ce site 130 médiums, astrologues ou numérologues, qui consultent par téléphone. Avec « 130 000 clients fidèles », elle revendique une place de « leader en Europe » et une croissance à deux chiffres. : Photo Serge Haouzi A Nice, le casino Ruhl va organiser début octobre son 10e Salon de la voyance. A Sophia Antipolis, la société Cosmospace revendique « une position de leader en Europe avec 130 000 clients fidèles ». Et l'Institut national des arts divinatoires (INAD) considère la Côte d'Azur comme un eldorado de la prédiction qui compterait « plusieurs milliers de voyants », plutôt pour le pire que pour le meilleur.
Jusqu'où s'étendra l'engouement pour la voyance ? Bien perspicace celui qui saura le prédire. Mais l'économie de la boule de cristal pèse de plus en plus lourd dans les Alpes-Maritimes. Internet, journaux, boîtes aux lettres, pare-brise de voitures témoignent de la profusion de cabinets ayant pignon sur rue ou d'occultes officines, de services de voyance en ligne, par téléphone voire par SMS.
Pierre Compagnon, directeur marketing du Ruhl, se souvient du premier Salon qu'il y a organisé : « On tablait sur 100 à 200 visiteurs, on a eu 500 à 600 consultations ! Ça a si bien marché qu'à partir de la 3e édition, on en a fait deux par an. Aujourd'hui, il y a 700 à 800 consultations en quatre jours, et on va en rajouter un cinquième. »
« Besoin de sensibilité »
De tels salons se multiplient dans les casinos et hôtels azuréens. A Cannes, au Sofitel Méditerranée comme au Splendid, les voyants profitent ainsi des périodes de vacances - estivales notamment - pour toucher des flux de clientèle bien plus fournis que hors saison.
Depuis son cabinet niçois, le médium Davine confirme que « la demande est de plus en plus forte. On vit dans un monde tellement violent que les gens ont besoin de sensibilité. Et mes clients viennent de tous les secteurs : chefs d'entreprise, hommes de loi, femmes au foyer, jeunes qui débutent leur carrière, gens de la nuit dépressifs... »
Préoccupation n°1 ? Sans surprise, les questions portent sur le domaine affectif dans 80 % des cas, estime Pascal Mari. Le président de Cosmospace voit un paradoxe « à l'heure du tout-communication : les gens ont un besoin grandissant de se confier. Nos voyants connaissent parfois mieux les consultants [NDLR, les clients] que leur propre famille ! »
Société en croissance à deux chiffres
Résultat : sa société, créée il y a vingt-trois ans pour vendre des horoscopes par correspondance, emploie désormais 130 médiums, numérologues, astrologues, tarologues, sans compter les sociétés sous-traitantes. Son chiffre d'affaires, avec une croissance annuelle à deux chiffres, a été multiplié par 16 en six ans !
Le secteur des arts divinatoires prospère au soleil. Youcef Sissaoui, le président de l'Institut des arts divinatoires, en convient. Mais c'est pour mieux tirer la sonnette d'alarme. « Depuis dix ans, une véritable industrie de la détresse humaine se développe sur la Côte d'Azur. C'est un vivier d'escrocs ! Il n'y a qu'à voir les affaires qui passent devant le tribunal de Grasse. Des gens ont été ruinés ou ont tenté de se suicider. C'est révoltant. »
Du voyant au voyou
Youcef Sissaoui dénonce les dérives d'un secteur « infiltré par des voyants-voyous ». Pas seulement ces pseudo-médiums dotés d'un don certain pour l'arnaque à la carte bancaire. Mais aussi ces sociétés qui emploient des étudiants au Maghreb, sans prédisposition pour la voyance - même supposée - mais prêts à accepter un salaire de misère.
Problème : peu de garde-fous existent pour ce secteur en croissance anarchique. Aux yeux du président de l'INAD pourtant, « le problème de la voyance est aujourd'hui plus grave que celui des sectes ! Mais c'est une vache à lait, tout le monde se "sucre" au passage : opérateurs téléphoniques, banques... »
Pour autant, le chiffre d'affaires du secteur est quasi-impossible à évaluer. La dernière enquête nationale réalisée par la DGCCRF (Direction générale de concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) le chiffrait à 3,15 milliards d'euros. Mais c'était en... 2000.
La voyance a gagné bien du terrain depuis. Encore que... Outre une perte de crédibilité due aux arnaques, le secteur est confronté à la baisse du pouvoir d'achat. « Les gens n'ont plus d'argent », peste un voyant dépité. L'avenir de la boule de cristal est peut-être moins radieux qu'on ne le lui prédisait.