Au cap Roux, dans le massif de l'Esterel, les chantiers d'élimination des drageons pour contrôler la poussée des mimosas. : Photo Rodolphe Goupil A le contempler avec ses branches chargées de petites boules jaunes, si délicates et odorantes au coeur de l'hiver, donnant aux collines de notre littoral cette couleur de carte postale si typique de la Côte d'Azur, qui pourrait se douter que le mimosa peut être un redoutable ennemi de la forêt méditerranéenne ?
C'est pourtant le constat fait par l'office national des forêts, qui a entrepris des travaux sylvicoles pour tenter de l'éradiquer des forêts dont il a la gestion. L'ONF a deux griefs contre le mimosa. D'abord il colonise la forêt naturelle en l'appauvrissant. Ensuite il constitue un facteur aggravant des risques d'incendie de forêt.
Sous le mimosa, rien ne pousse
Originaire d'Australie dont la Tasmanie, cette variété d'acacia a été introduite en 1864 à Cannes, puis en 1875 dans le massif de l'Esterel, avant de se répandre sur le littoral varois. Utilisé en horticulture et en parfumerie, le mimosa est au coeur d'une activité économique importante dans le massif du Tanneron, où il est cultivé sur 350 ha dans une soixantaine d'exploitations. Il est exporté à 80 % vers les Pays-Bas, les Etats-Unis et le Canada
Le problème, c'est qu'il a tendance à se disséminer, et pas toujours dans les endroits qui lui conviennent le mieux, selon Laurent Marsol, ingénieur à l'ONF du Var.
« Le mimosa a sa place dans un jardin ou dans un parc urbain où l'on peut maîtriser son développement, mais pas dans le milieu naturel. »
Contrairement aux idées reçues, le mimosa " sauvage " qui envahit les collines azuréennes est de la même espèce que le mimosa de culture : Acacia dealbata. C'est une plante buissonnante très résistante, qui ne craint pas le gel jusqu'à moins 10°.
« Sa propension invasive induit la pauvreté de l'écosystème, car rien ne pousse sous cette plante, où la faune ne trouve rien pour se nourrir. »
Un gros buveur
Quant au risque d'incendie, on a vu l'été dernier, lors du feu parti du bord de l'autoroute A8 aux Adrets (Var) et qui a couru jusqu'au port de la Rague à Mandelieu, comment le mimosa pouvait y contribuer.
Plus loin de nous, le nom du Tanneron reste associé à l'incendie dans lequel ont péri l'épouse et les quatre enfants de l'écrivain Martin Gray le 3 octobre 1970, ainsi qu'à celui de 1985 qui avait coûté la vie à quatre pompiers.
« C'est une espèce qui épuise les sols en pompant énormément d'eau, notamment dans les combes et les vallons, souligne Laurent Marsol. De plus le mimosa sèche facilement quand il a subi le gel où les fortes sécheresses que nous connaissons depuis 2003. Enfin, il dégage en été beaucoup d'essences inflammables. »
L'ONF a donc entrepris de limiter la progression du mimosa dans les réserves biologiques et les forêts domaniales des Maures et de l'Esterel. Aussi bien dans le Var que les Alpes-Maritimes, 100 000 euros sont consacrés chaque année à ce vaste chantier.
La reconquête lancée par l'ONF
Des travaux sont conduits en ce moment au Cap-Roux dans l'Esterel, ainsi qu'au Cap-Lardier à Ramatuelle (Var). La technique utilisée consiste à éliminer les drageons pour ne conserver qu'un seul arbre qui sera ensuite éliminé.
« De cette façon on peut appauvrir la souche, qui va perdre sa capacité de rejet. Ensuite on pourra reboiser le terrain gagné avec des espèces indigènes : pins pignons, chênes verts, lauriers sauce et caroubiers. »
Il va sans dire que l'ONF déconseille de planter ou propager le mimosa en milieu naturel.