Mission (presque) impossible. Ce ne sont pas les dernières aventures de Tom Cruise mais le constat qui s'impose sur la Croisette. Sauf annulations, à la veille de l'ouverture du 61e Festival, il ne reste plus de chambres d'hôtel disponibles à Cannes - et plus largement dans l'ouest des Alpes-Maritimes - pour la durée de l'événement. Pas plus que de deux-roues à louer. « Malgré les renforts, notre centaine de scooters est déjà réservée », confirme Élite, un loueur qui s'attend à revivre « le plus gros moment de l'année ! »
Même prédiction pour le traiteur Lenôtre qui « tourne très fort » à cette époque ou pour le fleuriste Sander Smids : « On va faire plus de 80 % de notre chiffre d'affaires mensuel en dix jours. Avec une particularité : pendant le Festival, les gens ne pensent à acheter leurs fleurs qu'au dernier moment ! »
La population multipliée par trois
Fleuristes, traiteurs, loueurs, blanchisseurs, boulangers, coiffeurs ou plagistes... une large partie de l'économie locale est stimulée par le Festival.
Le Palais qui l'abrite évalue à 170 millions d'euros les retombées de l'édition 2007. La manifestation ferait vivre ici 2 600 personnes. Et tripler la population qui passera demain de 70 000 à 200 000 habitants environ. Troisième événement le plus médiatisé au monde, le Festival pense dépasser les 3 611 journalistes accrédités l'an passé et distribuer encore plus de badges que les 29 000 de 2007.
Premier secteur à bénéficier de cette manne, l'hôtellerie. En douze nuits, les 7 500 chambres de la ville vont engranger 15 % de leur chiffre d'affaires annuel. Comme au Majestic-Barrière qui refuse « plus de 3 000 demandes » pour ses 305 chambres, la demande est si forte que les festivaliers accaparent les hôtels de tout le bassin cannois. « Nos prévisions sont équivalentes à la fréquentation du 60e anniversaire du Festival qui avait été excellente l'an dernier », jauge Didier Lazari, au syndicat des hôteliers.
50 000 euros une villa
Pourtant, l'autre grand hébergeur, les loueurs de meublés, ronchonnent. « Comme dans toutes les agences, il nous reste plein d'appartements », s'attriste l'un d'eux qui propose des tarifs allant de 3 000 euros la quinzaine pour un studio à 50 000 euros pour une villa de rêve. En cause, des loyers qui s'envolent et l'effritement du dollar. « Quand les productions américaines dépêchaient dix personnes avant, ils n'en envoient plus que cinq aujourd'hui », se navre un hôtelier.
D'autres Cannois se plaignent. Les commerçants du quartier excentré de La Bocca « ne profitent pas des retombées parce qu'on n'apparaît même pas dans les documents officiels du Festival », rouspète leur chef de file, Éric Chaumier.
« Inquiétude » aussi chez les presque 500 restaurateurs du syndicat que préside Noël di Giovanni. Selon lui, et même si les tables libres sont rares pendant le Festival, leur chiffre d'affaires « baisse de 10 à 12 % chaque année, parce que le Festival est de moins en moins populaire. Les gens ne viennent plus : ils savent qu'ils ne peuvent plus croiser de stars. Il faudrait commencer la montée des marches 200 mètres avant, pour permettre aux gens de les voir. » Pour consoler les déçus, Giovanni et ses amis offriront à leurs clients d'ici au 25 mai 30 000 DVD retraçant la belle histoire du cinéma.